Un profond lunatisme m'habite. Il se prénomme Barnabé. Il loge en moi et me contraint, sciemment, à ne faire qu'une avec lui. Nous ne faisons qu'un corps, et nous nous complaisons dans cette histoire là. Les aléas de mon comportement manquent cruellement de cohérences et c'est sa faute, pas la mienne. Tout ce que je croyais savoir de moi jusqu'ici se flétrit et se désagrége peu à peu. Comment poursuivre sa route sans trébucher sur le paroxysme d'états d'âme que m'inflige chaque jour Barnabé.
Et du rire aux larmes, je déambule, comme on se perd aux dédales des sinuosités d'un esprit trop complexe, celui de Barnabé. Je me cogne, trébuche, sans pouvoir saisir véritablement ce qu'il me dicte de faire. Je ne sais régir mes actes de manière sensée et m'accorde à lui laisser le monopole de ma bienséance. Entre haine et lassitude, entre joie et délectation, j'évolue au sein du groupe, avec lui. Je pense au mal qu'il me fait, au bien qu'il me procure, à cette scission inoportune de mon entité remarquable (mais l'est-elle vraiment, remarquable ?). J'agis inopinément, faisant varier sa jauge de folie ou d'euphorie du mieux que je peux. Par le biais d'une ritournelle, j'obtiens des baisers sur mon front et des mots doux sur mes paumes, de sa part. Nous nous aimons tous les deux, parfois, quand j'atteins la plénitude, un certain nirvana.
Quand la logique n'est plus, quand la clarté se dissout au profit d'un brouillard opaque, je vis mon lunatisme, Barnabé, et le laisse m'envahir impunément et sans scrupules. Et le soulagement d'avoit pû paraître au bon moment me procure un bien fou. Je suis quelqu'un même sans sa présence. Juste une fois, nulle curiosité n'est ravivée, et personne, non personne ne se pose plus de questions. Une certaine cohérence dans l'illogisme est sauvegardée, et Barnabé s'en va se coucher.
P.S; Don't gamble with marijuana*